Mardi 27 mai 2003
DONS D'ORGANES
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 La Croix SCIENCES ET ETHIQUE, mardi 27 mai 2003, p. 13
Dossier. Don d'organes. La greffe, aventure humaine, en appelle au don de vie. REPÔRES. Les derniers chiffres. Trois livres.
Les derniers chiffres
Au 31 décembre 2002, 3 632 greffes ont été réalisées, dont 155 à partir de donneurs vivants. 10 797 patients sont restés en attente de greffe d'organe, dont 7 784 en attente de greffe de rein, et 227 sont décédés avant greffe (résultats préliminaires).
La prochaine campagne grand public sur les greffes aura lieu le 22 juin dans toute la France, sur le thème de l'efficacité des greffes.
Trois livres
La Greffe humaine, sous la direction de Robert Carvais et Marilyne Sasportes, PUF, 1 024 p., 30 Euro. Cet ouvrage remarquable, regroupant quarante contributions de chercheurs en sciences humaines et sociales, se penche sur les principaux enjeux humains de la greffe.
L'Intrus, de Jean-Luc Nancy, Éd. Galilée, 2000, 44 p., 13 Ï. Un livre profond et poétique sur le sentiment d'inquiétante étrangeté que procure la greffe, par l'un de nos philosophes les plus sensibles.
Dans le dédale des dons d'organes, de Claire Boileau, Les archives contemporaines, 2002, 157 p., 21 Ï. Une réflexion ethnologique sur ce qui se passe au moment du prélèvement.
Catégorie : Sciences et techniques; Anecdotes/Société Sujet(s) - La Croix : DON D'ORGANE; GREFFE; MESURE Lieu(x) géographique(s) - La Croix : FRANCE Société(s) : ETABLISSEMENT FRANCAIS DES GREFFES Type(s) d'article : DOSSIER; REPERES; BIBLIOGRAPHIE Taille : Court, 139 mots
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Doc. : 20030527LC0030527LC_inx055 | |
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 La Croix SCIENCES ET ETHIQUE, mardi 27 mai 2003, p. 13
Dossier. Don d'organes. La greffe, aventure humaine, en appelle au don de vie. COMMENTAIRE. Vivre d'un autre.
KUBLER Michel
Quand une vie est menacée parce qu'un organe vital défaille, et qu'elle est à nouveau permise par la greffe reçue d'un tiers, comment ne pas applaudir ? Comment ne pas remercier tout à la fois la recherche scientifique qui aura permis cette opération (à peine concevable il y a quarante ans), les équipes médicales qui l'ont réalisée, et, bien sûr, la personne qui aura fait ce cadeau salvateur ? Les greffes sont de ces progrès que nul ne veut voir critiquer, pensant à soi ou aux personnes chères qui, un jour, pourraient en bénéficier. Quiconque a côtoyé ne serait-ce qu'une fois pareil « ressuscité » en reste définitivement convaincu. Mais l'on manque cruellement de donneurs !
Tout n'est pourtant pas si simple. Pour le receveur de la greffe, il n'est pas si aisé de réapprendre à vivre avec l'organe d'un autre. Outre le problème clinique du rejet, il lui faut consentir à dépendre à vie d'autrui, accueillir au plus intime de soi ce corps étranger à apprivoiser, cet « intrus », selon le mot de Jean-Luc Nancy, parlant d'expérience de cette étrangeté qui fait alors irruption en soi. Il y a, du côté des donneurs vivants, cette relation troublante à l'autre qui vit d'une partie de soi ; et, pour la famille d'un donneur décédé, ce deuil compliqué, bien qu'en partie apaisé, par le sentiment diffus que la vie du disparu est prolongée dans un autre que lui.
Du côté de la médecine, les questions ne manquent pas non plus. En matière de discernement : lorsqu'un organe devient disponible, y a-t-il un « bon » choix du bénéficiaire ? Au plan économique : comment évaluer le coût « raisonnable » d'une greffe non vitale ? Sans parler, dans le champ de la recherche, de cette interrogation autant métaphysique qu'éthique au sujet des xénogreffes : que deviendrait un être humain si l'un de ses organes les plus chargés en force symbolique - le coeur, les poumons. - lui était fourni par un animal ?
Michel KUBLER
Catégorie : Sciences et techniques; Anecdotes/Société Sujet(s) - La Croix : DON D'ORGANE; GREFFE Lieu(x) géographique(s) - La Croix : FRANCE Type(s) d'article : DOSSIER; COMMENTAIRE Taille : Court, 247 mots
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Doc. : 20030527LC0030527LC_inx053
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 La Croix SCIENCES ET ETHIQUE, mardi 27 mai 2003, p. 13
Dossier. Don d'organes. La greffe, aventure humaine, en appelle au don de vie. Dix ans après la création de l'Établissement français des greffes, la France veut faire de la greffe un objectif de santé publique pour tenter de remédier au manque de greffons.
GOMEZ Marianne
Avec un peu d'avance sur le calendrier, l'Établissement français des greffes (EFG), créé en janvier 1994, célèbre aujourd'hui ses dix ans d'existence. Cet anniversaire coïncide avec le projet, inclus dans la révision des lois bioéthiques, de faire de la greffe une priorité de santé publique. Il y a urgence, en effet. Car si le secteur de la greffe a été redressé et assaini, il bute toujours sur le problème majeur du manque de greffons.
« Nous sommes nés dans une période de crise », se souvient le professeur Didier Houssin, président de l'EFG. Le mot n'est pas trop fort. Au début des années 1990, le secteur des greffes, en pleine tourmente, tangue dangereusement. Il y a d'abord les « affaires », qui n'en finissent pas d'alimenter la suspicion. Celle du sang contaminé, mais aussi celle d'Amiens : en 1991, des parents qui avaient accepté que l'on prélève des organes sur le corps de leur fils découvrent que l'hôpital leur a menti sur le nombre et la nature des organes prélevés. Ce ne sont pas quatre, mais une dizaine de prélèvements qui ont été effectués, dont ceux des deux cornées. Ils apprendront ainsi que les globes oculaires de leur fils ont été énucléés.
L'Établissement français des greffes a moralisé le secteur
C'est le début d'une longue période de défiance qui se traduira par une chute de 30 % des prélèvements de cornée entre 1991 et 1994. Parallèlement, les dons d'organes plongent eux aussi de 20 %, après que la presse s'est fait l'écho de suspicions de trafics de priorités et a révélé que certains centres greffent jusqu'à 80 % de patients non résidents, alors que l'on n'arrive même pas à satisfaire les besoins nationaux.
Dix ans plus tard, cette sombre période n'est plus qu'un mauvais souvenir. L'EFG, agence gouvernementale créée pour rétablir la situation, a moralisé le secteur. Et les résultats sont là : depuis la fin des années 1990, la courbe des prélèvements est repartie à la hausse, signe que la confiance est revenue. Le plan greffe adopté en 2000 a permis de passer de 15 à 20 prélèvements par million d'habitants fin 2002, et l'an dernier, les 1 198 prélèvements ont même été atteints (contre 1 066 en 2001), un niveau record dépassant pour la première fois celui de. 1989. Mais, dans le même temps, 10 797 patients restent inscrits en attente de greffe. Et l'an dernier, 227 d'entre eux sont décédés avant d'avoir pu recevoir l'organe salvateur. Toujours à cause d'un manque de greffons.
Les raisons de cet écart persistant entre l'offre et la demande sont multiples. Elles tiennent d'abord à la rareté de l'état de « mort encéphalique » ou « mort à coeur battant », seul compatible avec le don d'organe (1). Celle-ci ne s'observe que dans 1 % des décès hospitaliers, ceux qui surviennent en réanimation après un traumatisme crânien, un accident vasculaire-cérébral, un suicide ou un accident de la route, par exemple. Les « pourvoyeurs » potentiels de greffons sont donc, à la base, en nombre limité. En outre, ils ne sont pas toujours prélevés, pour des raisons d'organisation ou de réticence des équipes médicales. « Ce n'est pas facile pour les équipes de passer du « on peut le sauver » à « on va le prélever », analyse Didier Houssin.
En 1994, de nouvelles règles protègent la volonté du défunt
Le prélèvement se heurte ensuite à un certain nombre de refus, de l'ordre de 30 %. Avant 1994, ceux-ci ne pouvaient pas s'exprimer, car la loi Caillavet stipulait que toute personne n'ayant pas fait connaître de son vivant son opposition au prélèvement était présumée consentante. En 1994, ces règles ne faisant plus l'unanimité, le législateur en a fixé de nouvelles. Aujourd'hui, toute personne opposée au prélèvement peut s'inscrire sur un registre national des refus que les médecins sont tenus de consulter. En outre, deuxième garde-fou, lorsqu'une personne ne se trouve pas sur le registre, les médecins doivent recueillir le « témoignage » de sa famille, pour être sûrs de ne pas aller contre la volonté du défunt. C'est là que surgissent les refus.
Ceux-ci ont plusieurs causes, complexes et entremêlées. Claire Boileau, anthropologue, a interrogé de manière approfondie, dans le cadre d'une recherche, une quarantaine de personnes sollicitées pour un don. Selon elle, l'opposition au prélèvement relève de trois grandes causes. Il y a d'abord la confrontation brutale au deuil : « Certaines familles réalisent que leur proche est mort quand on leur parle du prélèvement ! Les deux annonces se télescopent alors, rendant difficile la prise de décision rapide qu'on leur demande. »
Puis le rejet du morcellement corporel qu'implique le prélèvement, « vécu à la fois comme une violence faite au corps et comme une réduction de la personne à ce même corps ».
Il y a, enfin, la question de la volonté du défunt, qui n'est pas toujours connue. « Et même si la famille sait ce qu'il aurait souhaité, il lui arrive de refuser, pour éviter des conflits intra-familiaux. »
Le don ne va pas de soi car il est vécu comme une atteinte au mort
Compte tenu de ces éléments, le sociologue Patrick Baudry, spécialiste de la mort, s'étonne que l'on soit surpris du nombre de refus : « Le don ne va pas du tout de soi, car il est vécu comme une atteinte au mort. Par ailleurs, il peut faire craindre, imaginairement, qu'une partie de la personne morte survive dans une autre. Or, toutes les cultures s'organisent pour bien différencier les morts des vivants. C'est la fonction des rites funéraires. Le mélange, la confusion possible entre la mort et la vie réactive ainsi des angoisses fondamentales, comme la crainte que le mort puisse saisir le vif. »
Est-ce à dire que les 30 % d'opposition (un pourcentage qui n'a guère varié depuis 1995) représentent un taux incompressible ? Ces observateurs ne sont pas loin de le penser.
Un homme, pourtant, est déterminé à inverser la tendance. Le député (UMP, Val-de-Marne) Pierre-Louis Fagniez, rapporteur des lois bioéthiques, veut profiter de la deuxième lecture du texte devant l'Assemblée nationale pour faire de la greffe une priorité nationale. Il avance plusieurs propositions (lire ci-dessous). Avec un espoir : que l'appel aux sentiments d'altruisme et de solidarité donne le moyen de dépasser des inquiétudes éminemment humaines.
M. G.
1) Il y a deux façons de mourir, par arrêt du coeur ou par cessation d'activité du cerveau, cette dernière aboutissant au bout de quelques heures à l'arrêt cardiaque. Les patients décédant d'un arrêt cardiaque ne peuvent être prélevés, puisque leurs organes, n'étant plus irrigués, se détériorent immédiatement.
Faire du don une priorité
Pour favoriser la greffe, Pierre-Louis Fagniez propose, entre autres, de modifier le recueil du témoignage de la famille, de sorte qu'il exprime vraiment la volonté du défunt (en lui demandant par exemple : « la personne avait-elle dit non de son vivant ? ») ; de renforcer l'obligation de restauration du corps ; de transformer l'autorisation de prélèvement en obligation de service public, ou encore de développer des lieux de mémoire en hommage aux donneurs.
Catégorie : Sciences et techniques; Anecdotes/Société Sujet(s) uniforme(s) : Maladies, traitement et prévention Sujet(s) - La Croix : DON D'ORGANE; GREFFE; MESURE Lieu(x) géographique(s) - La Croix : FRANCE Société(s) : ETABLISSEMENT FRANCAIS DES GREFFES Type(s) d'article : DOSSIER Taille : Long, 852 mots
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Doc. : 20030527LC0030527LC_inx054 | |
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 La Croix SCIENCES ET ETHIQUE, mardi 27 mai 2003, p. 14
Dossier. Don d'organes. La greffe, aventure humaine, en appelle au don de vie. Débat. Faut-il plus de prélèvements sur donneurs vivants ? Ce type de greffes donne de très bons résultats. Interview : Professeur Bernard Charpentier, Chef du service de néphrologie à l'hôpital Bicêtre.
GOMEZ Marianne
« En France, les premières tentatives de transplantation rénale des années 1950 ont été réalisées avec des donneurs vivants. Il s'agit donc d'une vieille tradition. Les parlementaires ont récemment débattu de l'opportunité d'étendre le prélèvement sur donneurs vivants au-delà du cercle de la proche famille. Personnellement, même si je pense que les efforts doivent prioritairement porter sur l'amélioration du prélèvement sur cadavre, j'y suis favorable, dans la mesure évidemment où l'on se donne un certain nombre de règles pour éviter toute dérive.
Pourquoi ? La France ne réalise malheureusement pas suffisamment de prélèvements cadavériques pour couvrir les besoins en greffes. Actuellement, la mort cérébrale (NDLR : celle qui permet le prélèvement) ne s'observe que dans 1 % des décès hospitaliers, et il est difficile de mobiliser en permanence les équipes qui assureront le prélèvement d'organes qui permettraient de sauver un patient en attente de greffe. Nous manquons donc de greffons. La greffe réalisée avec donneur vivant est celle qui donne les meilleurs résultats, et de loin. Cinq ans après transplantation, la survie d'un greffon rénal est de 10 à 20 % supérieure lorsque le don provenait d'un vivant. Sans oublier que faire appel à un donneur vivant permet de raccourcir le délai d'attente pour le receveur, ce qui contribue également à augmenter les chances de réussite de la greffe.
Car plus l'on attend pour transplanter, plus l'état général du patient, se dégrade.
La loi française accepte le don d'organes du premier cercle des proches : père, mère, frère ou soeur, mais pas celui provenant des cousins. Et elle n'admet qu'à titre exceptionnel le don entre époux, refusant celui entre concubins ou pacsés. Or il arrive que ces personnes veuillent donner, et nous sommes obligés de leur refuser, alors même que nous manquons de greffons ! Prenez l'exemple des couples : ce sont eux qui vivent au jour le jour avec la maladie quand un conjoint est concerné. Cette proximité légitime leur candidature au don. Bien sûr, il faut éviter tout risque de pression sur le donneur. La loi a déjà prévu des garde-fous. Nous-mêmes sommes très attentifs, et au moindre doute, nous interrompons le processus. On pourrait même prévoir qu'un comité d'experts joue le rôle « d'avocat » du donneur. Si toutes ces conditions sont réunies, il me semble que rien ne s'oppose à ce que l'on s'ouvre davantage aux donneurs vivants ».
Recueilli par Marianne GOMEZ
Catégorie : Sciences et techniques; Anecdotes/Société Sujet(s) uniforme(s) : Hôpitaux, soins hospitaliers et urgences; Maladies, traitement et prévention Sujet(s) - La Croix : DON D'ORGANE; GREFFE; MESURE Lieu(x) géographique(s) - La Croix : FRANCE Nom(s) propres(s) : CHARPENTIER Bernard Société(s) : ETABLISSEMENT FRANCAIS DES GREFFES Type(s) d'article : DOSSIER; INTERVIEW Taille : Moyen, 327 mots
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Doc. : 20030527LC0030527LC_inx056 | |
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 La Croix SCIENCES ET ETHIQUE, mardi 27 mai 2003, p. 14
Dossier. Don d'organes. La greffe, aventure humaine, en appelle au don de vie. Débat. Faut-il plus de prélèvements sur donneurs vivants ? Cela pose plus de problèmes que cela n'en résout. Interview : Pierre-Louis Fagniez, député (UMP, Val-de-Marne), rapporteur du projet de loi sur la bioéthique.
GOMEZ Marianne
« Recourir aux donneurs vivants permet d'élargir les indications de la greffe tout en mobilisant un beau geste de solidarité. C'est pourquoi, en tant que chirurgien, j'aurais tendance à y être favorable. Mais en tant que parlementaire, je suis opposé à l'augmentation de ce type de prélèvements, pour trois raisons. D'abord, le prélèvement fait courir un risque non négligeable au donneur. Le risque de mortalité consécutif par exemple au prélèvement d'un foie est de 1 % (risque anesthésique, complications post-opératoires, etc.). Quant à la morbidité, elle peut atteindre 15 à 20 %. Il est tout de même problématique qu'une intervention médicale, qui n'est justifiée par aucune nécessité thérapeutique, crée une pathologie chez quelqu'un initialement en bonne santé. Un autre problème, moins souvent évoqué, tient au devenir psychologique du donneur. Au début, celui-ci est tout auréolé de son geste. Un élan de solidarité, d'affection entoure le don. Mais par la suite, une période difficile peut survenir, ainsi que l'attestent plusieurs études. Les psychiatres expliquent que, de « sujet », le donneur devient « objet ». Parfois, des conflits surgissent, une relation complexe s'installe. Le donneur se prend à penser qu'il aurait dû être payé ; le receveur, avec le temps, est moins reconnaissant, etc. Bref, l'après-don peut être problématique. Le troisième élément est l'argent.
Le soi-disant « don » peut être monnayé. Nous avons des exemples d'arrangements au sein des familles : je te donne tel organe, en échange, tu me cèdes ta part d'héritage. Des pressions psychologiques de tous ordres peuvent aussi s'exercer sur le donneur.
Pour toutes ces raisons, il me paraît déraisonnable d'envisager le recours au donneur vivant comme une alternative au prélèvement sur cadavre. La vraie réponse à la pénurie d'organes en France n'est pas là, mais dans une réorganisation du secteur de la greffe. Car si l'on manque d'organes, ce n'est pas parce le nombre de morts encéphaliques serait insuffisant, mais parce que la moitié d'entre eux ne sont pas prélevés (1). Il faut donc en priorité remédier à ce problème persistant, au lieu de chercher à le compenser en sollicitant les donneurs vivants, qui ne doivent être utilisés qu'à bon escient, dans des indications marginales pour lesquelles la greffe cadavérique n'est pas envisageable.
(1) Les décès encéphaliques sont ceux qui peuvent donner lieu à prélèvement.
Catégorie : Sciences et techniques; Anecdotes/Société Sujet(s) uniforme(s) : Maladies, traitement et prévention Sujet(s) - La Croix : DON D'ORGANE; GREFFE; MESURE Lieu(x) géographique(s) - La Croix : FRANCE Nom(s) propres(s) : FAGNIEZ Pierre-Louis Société(s) : ETABLISSEMENT FRANCAIS DES GREFFES Type(s) d'article : DOSSIER; INTERVIEW Taille : Moyen, 313 mots
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Doc. : 20030527LC0030527LC_inx057
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 La Croix SCIENCES ET ETHIQUE, mardi 27 mai 2003, p. 14
Dossier. Don d'organes. La greffe, aventure humaine, en appelle au don de vie. Les espoirs déçus de la xénogreffe. Depuis un siècle, les scientifiques ont tenté sans succès de greffer chez l'homme des organes d'origine animale. Depuis quelques années, les risques de transmission d'agents infectieux ont mis un frein à cette technique destinée à pallier la pénurie d'organes humains.
BIENVAULT Pierre
C'est un vieux projet qui, depuis plus d'un siècle, a fait vibrer de nombreux scientifiques. Sans aucun succès pour l'instant. Toutes les tentatives de xénogreffe, c'est-à-dire de greffe d'un organe animal chez l'homme, ont en effet échoué les unes après les autres. Et aujourd'hui, sans avoir totalement renoncé, la communauté scientifique est dans l'expectative. « L'enthousiasme apparu il y a une quinzaine d'années est désormais largement retombé », reconnaît le professeur Philippe Wolf, chef du service de chirurgie générale et transplantation multi-organes au CHU de Stasbourg.
Le principal intérêt de la xénogreffe serait bien sûr de pallier la pénurie d'organes humains. « Si la technique était maîtrisée, cela permettrait sans aucun doute de sauver des vies. Disposer d'organes d'origine animale permettrait aussi de pouvoir greffer au bon moment et d'éviter la dégradation de l'état du patient, en attente d'une greffe d'origine humaine. Cela serait enfin précieux en cas d'urgence lorsqu'il faut trouver un foie dans les vingt-quatre heures », explique le professeur Wolf.
La première tentative remonte à 1905, à Lyon
La première véritable tentative de xénotransplantation a eu lieu à Lyon en 1905, lorsque Mathieu Jaboulay tenta, sans succès, de greffer un rein de chèvre chez l'homme. Dans les années 1920, à Paris, un médecin d'origine russe, Serge Voronoff, défraya la chronique en greffant des tranches de testicules de chimpanzé chez des hommes d'âge plutôt mûrs, désireux de retrouver une certaine vigueur sur le plan physique. « L'histoire dépasse le simple cadre de l'anecdote, puisque Voronoff a quand même procédé à près de 2 000 greffes de ce type. Il avait même monté d'immenses animaleries où il puisait ses testicules de singe », raconte le professeur Yvon Lebranchu, chef du service de transplantation rénale au CHU de Tours. « Plusieurs personnages célèbres ont eu recours à ces greffes, en particulier Charles Mauras, qui en était tellement content qu'il voulut en faire une deuxième. Comme cela coûtait fort cher, il lança même une souscription auprès des lecteurs de L'Action française pour l'aider à mener à bien ce projet », ajoute le professeur Lebranchu.
Plus près de nous, dans les années 1960, en particulier aux États-Unis, plusieurs greffes ont été tentées avec des reins ou des coeurs de chimpanzé ou de babouin. Mais à chaque fois, la survie du receveur n'est pas allée au-delà de quelques heures ou quelques jours. Une seule équipe, en 1963 aux États-Unis, est parvenue à obtenir une survie de neuf mois avec des reins de chimpanzé.
Au milieu des années 1990, la communauté scientifique a repris sérieusement espoir avec la publications de travaux permettant de mieux maîtriser les mécanismes de rejet des organes animaux par le receveur humain. Mais cet espoir a été déçu, aucune équipe dans le monde n'étant parvenu à ce jour à réussir durablement une xénotransplantation. Surtout, un véritable tournant s'est produit à la fin des années 90 : de nombreux virologues ont tiré la sonnette d'alarme, mettant en garde contre les risques de transmission d'agents infectieux de l'animal à l'homme, en particulier de rétrovirus présents dans le génome du porc, animal désormais choisi en priorité pour les tentatives de xénogreffes. En plein débat sur la vache folle, la crainte de voir apparaître de nouvelles maladies, après un franchissement de la barrière d'espèces, a été prise au sérieux par les responsables politiques. En France, par exemple, depuis une loi votée en 1998, toute tentative de xénogreffe doit faire l'objet d'une autorisation spéciale délivrée par le ministre de la santé. Et en 1999, le Conseil de l'Europe a proposé un moratoire sur cette pratique.
Les xénogreffes violent la frontière entre homme et animal
Dans un avis du 11 juin 1999, le Comité d'éthique, sans s'opposer à cette technique, soulevait diverses interrogations posées par la pratique de la xénotransplantation. « Toute greffe brise la frontière habituellement inviolée entre le soi et le non-soi, et la répercussion psychologique de ce « viol » a été bien étudiée, dans le cas des allogreffes, notait par exemple le Comité. Mais les xénogreffes violent en plus la frontière entre l'homme et l'animal, avec toute la signification qui s'y attache. L'individu qui arrive à transcender le niveau purement organique de son être et qui estime que l'essence de son humanité est sa pensée, qui permet précisément cette transcendance, n'aura pas ou peu de réticence à l'égard d'un greffon animal. · l'inverse, celui qui refuse ou n'arrive pas à faire la différence entre son humanité et son être matériel, n'acceptera pas la xénogreffe. Il aura le sentiment que le greffon l'amène au niveau d'une chimère homme-animal dans laquelle son humanité se dilue dangereusement. »
Pierre BIENVAULT
Catégorie : Sciences et techniques; Anecdotes/Société Sujet(s) uniforme(s) : Maladies, traitement et prévention; Santé publique et condition physique Sujet(s) - La Croix : DON D'ORGANE; GREFFE; MESURE; RECHERCHE MEDICALE; ANIMAL Lieu(x) géographique(s) - La Croix : FRANCE Société(s) : ETABLISSEMENT FRANCAIS DES GREFFES Type(s) d'article : DOSSIER Taille : Moyen, 604 mots
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ericjeanloicbreton |
| 2003-05-27 11:44:34
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