Mardi 1 avril 2003
PNEUMONIES
SANTÉ plusieurs cas suspects officiellement recensés en France. Les voyages en Chine et à Hongkong sont déconseillés
 Au bas des tours d'Amoy Gardens, un cordon sanitaire a été déroulé, marquant la quarantaine des habitants pour dix jours. Sur les quatre-vingts nouveaux cas recensés hier à Hongkong, soixante-quatre provenaient de ce quartier (voir l'article lié en bas de page). (Photo Peter Parks/AFP.) | Alerte mondiale à la pneumopathie asiatique Avec près de 60 morts et plus de 1600 cas identifiés depuis le 12 mars dernier, peut-on éviter désormais une épidémie mondiale encore plus dévastatrice de pneumopathie atypique ou SRAS (syndrome aigu respiratoire sévère) ? Tout dépendra sans doute de l'aptitude de chaque pays à identifier les malades à temps, à les traiter et à empêcher la diffusion du virus à la fois aux familles et au personnel soignant. Pour l'instant la situation épidémiologique continue à être préoccupante. Trois nouveaux cas suspects ont été identifiés en France, un cas probable a été annoncé en Italie et un autre en Belgique hier, un quatrième malade est mort à Toronto dimanche, l'épidémie explose à Hongkong depuis quelques jours, la situation en Chine, premier foyer de l'épidémie reste opaque. Enfin, l'Institut Pasteur vient à son tour d'identifier le coronavirus comme agent infectieux en cause. Hier, la Direction générale de la santé a vivement déconseillé de voyager à Hongkong et dans plusieurs villes chinoises.
 Martine Perez [01 avril 2003]
 A ce jour, en France, le seul cas confirmé de pneumopathie atypique est un médecin revenu d'Hanoï via Bangkok dimanche 23 mars par le vol Air France 171 et hospitalisé depuis au centre hospitalier de Tourcoing. Le directeur général de la santé, Lucien Abenhaim a annoncé hier, lors d'une conférence de presse faisant le point sur l'épidémie et les mesures prises en France, que trois autres passagers de ce vol ayant déclaré des symptômes compatibles avec cette pneumopathie et donc considérés comme des cas «suspects» venaient d'être hospitalisés à leur tour pour observation, l'un à Paris, l'autre à Montpellier et le troisième à Bordeaux.
Le premier de ces cas suspects était assis directement devant le malade pendant le voyage, le second cas hospitalisé à Montpellier est un membre du personnel navigant et la personne hospitalisée à Bordeaux se situait dans l'avion à quelques sièges en arrière et sur le côté par rapport au malade. Les symptômes présentés par les uns et les autres sont variables : fièvre transitoire, toux, mais sans signe d'atteinte pulmonaire. Ces trois personnes devraient bénéficier de prélèvements et d'analyses à la recherche du coronavirus, dont la présence – ou l'absence – devrait permettre désormais de contribuer au diagnostic.
Par ailleurs, depuis le début de l'alerte lancée par l'OMS le 12 mars dernier, 171 cas suspects ont été explorés par l'Institut de veille sanitaire en France, dont dix sont toujours en cours d'investigation.
Jusqu'à présent, en l'absence de test diagnostic, la pneumopathie atypique était définie selon des critères cliniques énoncés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ainsi, un cas est considéré comme suspect si le malade présente fièvre, toux, difficultés respiratoires et s'il revient d'Asie du Sud-Est. Il est considéré comme probable, si en plus de ces symptômes, s'ajoutent des images bilatérales anormales à la radio des poumons.
Pour empêcher la diffusion de l'épidémie à partir des foyers initiaux en Asie du Sud-Est, des recommandations aux voyageurs ont déjà été édictées, pour les personnes revenant d'Hanoï, de Hongkong, de Singapour et de la province de Guangdong. Il leur est demandé en cas d'apparition des signes suspects, de contacter le plus rapidement possible le Samu en appelant le 15 sur tout le territoire français. Cet impératif de contacter uniquement le Samu – préparé à affronter sans risque des patients contagieux – vise à éviter la dissémination du virus aux médecins et aux soignants qui ont été parmi les premières victimes de la maladie à Hanoï, à Hongkong et à Singapour. «Un certain nombre de personnes «cas suspects» n'ont pas respecté les consignes d'appeler le Samu et se sont rendues directement chez leur généraliste ou à l'hôpital, explique le directeur général de la santé. Si l'on veut contrôler l'épidémie, il faut que les mesures édictées soient complètement mises en oeuvre.»
De surcroît, le ministère de la Santé vient de renforcer les mesures lors du débarquement en France des personnes revenant d'Asie du Sud-Est, en leur demandant systématiquement de remplir des fiches indiquant leur nom et leur adresse, de manière à les contacter si un cas s'avérait ultérieurement probable dans l'avion qui les a transportées. «Par ailleurs, nous déconseillons désormais les voyages à Hongkong et en Chine», a précisé Lucien Abenhaim.
Enfin, la situation à l'hôpital franco-vietnamien d'Hanoï, un des premiers lieux de l'épidémie, semble désormais sous contrôle puisqu'aucun nouveau cas n'a été diagnostiqué depuis plusieurs jours dans la ville.
Lire aussi le Figaro économie page III.
L'infection suivie à la trace, mais toujours pas endiguée
 Cyrille Louis [01 avril 2003]
 La lutte contre l'épidémie de pneumopathie atypique est depuis quinze jours scandée par une implacable succession de nouvelles encourageantes et de bilans toujours plus sombres. Seul élément véritablement rassurant : l'Organisation mondiale de la santé (OMS) est parvenue à retracer le probable cheminement emprunté par la maladie pour se propager, à partir de la Chine, aux quatre coins du monde. Découverte indispensable pour comprendre le mystérieux syndrome, et espérer parvenir à l'endiguer.
Le premier acte se joue entre novembre et février dans la province chinoise du Guangdong. Les autorités sanitaires de cette région qui ceinture le territoire de Hongkong observent alors une mystérieuse flambée de pneumopathie atypique : 300 malades et 5 morts sont officiellement recensés. Inquiète, la population échafaude les plus folles rumeurs, craignant tantôt une épidémie de peste, tantôt une attaque bioterroriste au charbon. Marchands de vinaigre et médecins traditionnels sont dévalisés. Mais les pouvoirs publics bronchent à peine. Tout juste le directeur du centre chinois de contrôle des maladies, basé à Pékin, consent-il à observer, rassurant, que «la situation est stable et sous contrôle».
Visiblement intriguée, l'OMS tente pour sa part d'en savoir plus. En vain. «Les autorités chinoises nous disent que cette épidémie est due au germe Chlamydia pneumonia, dont elles assurent désormais maîtriser la propagation, confiait le 11 février un membre de l'organisation internationale. Nous n'avons pas de raison de mettre en doute cette explication.» En réalité, Pékin vient de s'opposer à la visite d'une équipe de l'OMS dans la province du Guangdong. Quatre jours plus tard, un médecin chinois quitte sa ville de Canton pour rejoindre Hongkong, où il descend à l'hôtel Metropole, dans le quartier de Kowloon. Là où s'est nouée la brusque explosion d'une épidémie jusqu'alors circonscrite à un pays.
Installé au neuvième étage de l'immeuble, le médecin tousse, affiche une forte fièvre et croise de nombreuses personnes. Au cours de son séjour, il infecte, selon les estimations fournies par les centres américains de prévention et de contrôle des maladies basés à Atlanta, pas moins de 13 personnes avant de décéder dans un établissement de soin de l'ancienne colonie britannique. Plusieurs d'entre elles, rapidement hospitalisées, sont à l'origine des très nombreuses contaminations nosocomiales.
Au même moment, un homme d'affaire sino-américain s'envole pour le Vietnam après avoir rendu une brève visite à un ami installé à l'hôtel Metropole. Peu après son arrivée à Hanoï, il tombe malade et est admis le 26 février à l'hôpital franco-vietnamien, où il infecte plusieurs membres du personnel soignant. Puis ce sont des touristes singapouriens et canadiens qui, au terme de leur séjour à Hongkong toujours à l'hôtel Metropole, regagnent leur pays d'origine où ils déclarent les premiers symptômes de la pneumopathie atypique. Personne ne soupçonne alors qu'un même virus puisse être à l'origine de cette épidémie encore limitée.
Mais un coup de théâtre marque la journée du 12 mars. Pour la première fois depuis dix ans, l'OMS publie une alerte globale et met en garde contre la menace que pourrait représenter «pour la santé mondiale» une maladie jusqu'alors inconnue : le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS).
Aussitôt, les plus prestigieux laboratoires internationaux se mettent à traquer l'agent responsable de l'épidémie. Cible privilégiée : un nouveau variant du germe responsable de la grippe. Les virologues, il est vrai, s'inquiètent depuis plusieurs années de l'imminence d'une nouvelle pandémie qui proviendrait de la Chine et dont les ravages pourraient être comparables à ceux que fit, après le second conflit mondial, la grippe espagnole. Seulement voilà : les analyses semblent exclure cette hypothèse.
Pendant que la communauté scientifique s'organise, l'épidémie connaît en plusieurs foyers des développements spectaculaires. A l'hôpital de Hanoï, où près de 60% du personnel médical est contaminés par le SRAS, la panique et l'épuisement gagnent du terrain malgré l'arrivée d'une équipe envoyée par le ministère français de la Santé le 13 mars. A Hongkong, le nombre de cas double chaque jour. Et, dans le monde entier, les voyageurs revenant d'Asie craignent d'avoir contracté la pneumopathie atypique.
Malgré l'identification probable du coronavirus responsable du SRAS, la tension est encore montée d'un cran en fin de semaine dernière lorsque les autorités sanitaires de Hongkong et de Singapour ont réalisé que l'épidémie était en train de leur échapper totalement, pour frapper indistinctement dans la population générale. Fermeture d'écoles, mise en place de quarantaine strictes, renforcement des contrôles aux aéroports : tout un arsenal de mesures qui n'avaient pas été déployées depuis plusieurs décennies est désormais en place dans plusieurs pays d'Asie. En Chine, les autorités viennent finalement d'accepter le principe d'un signalement quotidien du nombre de cas à l'OMS. Peu après avoir reconnu que le SRAS a fait, depuis novembre, plus de 700 malades et 37 morts.
Les 264 «pestiférés» de la résidence d'Amoy Gardens à Hongkong
 Hongkong : de notre envoyé spécial Régis Arnaud [01 avril 2003]
 Il y a encore quelques jours, Amoy Gardens était un quartier résidentiel de Hongkong sans histoire. Ce lundi, on dirait qu'il a été frappé par une bombe à neutrons. Au bas des tours de cette cité du quartier de Ngau Tau Kok, au coeur de la ville, on a déroulé un cordon sanitaire derrière lequel policiers et médecins en blouse, gants blancs et bonnet sanitaire s'affairent et éloignent les curieux. Dans le centre commercial où les résidents font d'ordinaire leurs courses, tous les magasins ont baissé leur rideau de fer. La plupart des habitants ont quitté leur appartement depuis quelques jours. Les rares passants qui déambulent silencieusement dans les allées portent tous des masques et regardent droit devant eux, en marchant au pas de course.
Amoy Gardens est un foyer de la pneumopathie atypique qui a déjà terrassé 15 personnes à Hongkong, sur les 610 cas identifiés sur le territoire, ce qui représente près d'un tiers des cas mondiaux. Sur les 80 nouveaux cas recensés lundi, 64 provenaient d'Amoy Gardens ! Ce matin, les autorités sanitaires de la ville ont annoncé qu'elles avaient dénombré 264 cas dans cette résidence, dont 107 dans le seul «Bloc E». Le gouvernement a annoncé la mise en quarantaine immédiate des habitants de cet immeuble pour dix jours. «Il y a 31 étages de 8 appartements chacun, et 4 personnes par appartement. Ça veut dire que 1 000 personnes sont concernées», précise un policier de faction devant l'immeuble. A ses pieds, derrière des barrières, sont entassés des sacs de riz, des plats cuisinés, des rouleaux de papier-toilette, du savon que recevront les habitants du Bloc E, assignés à résidence. «Donnez ce bout de papier à ma famille s'il vous plaît, je ne peux pas la contacter autrement», supplie un jeune homme à un gardien. Celui-ci accepte et disparaît dans l'immeuble. Derrière lui, un médecin britannique se confond en excuses : elle vient d'effleurer la main d'une collègue chinoise.
L'annonce de la mise en quarantaine du désormais célèbre Bloc E n'a rien fait pour rassurer la population de Hongkong. Car cette vague de contamination laisse penser, comme le souligne le docteur Julie Gerbering du Centre américain de contrôle et de prévention des maladies, que «le contact face à face n'est pas le seul moyen de transmission» ; en clair, que le virus pourrait se transmettre dans l'air, sans le moindre contact. Plus que jamais le masque est de rigueur à Hongkong. Le gouvernement fait le maximum pour informer, mais les connaissances sur le virus SARS qui provoque la pneumopathie atypique sont encore très réduites. Et la Chine, d'où l'épidémie est partie, probablement de Canton, continue de distiller les informations au compte-gouttes. «Depuis la rétrocession à la Chine de Hongkong, le gouvernement ici est contrôlé par Pékin, et il ne peut pas arrêter le flot de Chinois qui chaque jour viennent travailler à Hongkong et peuvent être porteurs de la maladie. Si nous étions encore sous administration britannique, les contrôles seraient beaucoup plus stricts», explique un expatrié.
Toutes les écoles sont fermées depuis ce matin pour une semaine. Au lycée français Victor-Segalen, sur les hauteurs de la ville, les professeurs s'efforcent d'assurer les cours en diffusant leurs leçons sur Internet. «Pour l'instant la scolarité n'est pas perturbée», assure Pascal Panthène, le proviseur du lycée. Mais des dizaines de familles françaises ont déjà anticipé les vacances de Pâques et sont rentrées en France. «C'est un réflexe un peu irrationnel, parce qu'on soigne mieux la pneumopathie atypique ici. Il y a un test qui permet de savoir si l'on est atteint au bout de huit heures», déclare Philippe Dova, un Français installé à Hongkong qui a un fils au lycée. Mais il avoue une autre crainte : celle que les services hospitaliers de Hongkong soient rapidement submergés. Chaque jour des dizaines de nouveaux cas émergent. Les cliniques privées refusent de traiter les cas de pneumopathie atypique, qui sont dirigés vers un unique hôpital, le Princess Margaret.
Le rôle du coronavirus confirmé par l'Institut Pasteur
 Catherine Petitnicolas [01 avril 2003]
 «L'Institut Pasteur a identifié du coronavirus dans des prélèvements provenant de six patients de l'hôpital de Hanoï et du médecin hospitalisé à Tourcoing, ce dernier étant le premier cas avéré de la maladie sur le territoire français», a précisé, hier, le professeur Lucien Abenhaim, directeur général de la santé. Un résultat qui va donc dans le sens de ceux obtenus la semaine dernière (nos éditions du 26 mars) par les experts des CDC – Center for Disease Control – d'Atlanta puis à Hongkong. Mais pour l'OMS, il n'est pas exclu qu'un autre virus, le paramyxovirus (d'ordinaire à l'origine d'affections respiratoires variées et des oreillons ou de la rougeole), s'associe au coronavirus (agent habituel du rhume) pour causer le SARS. Certains spécialistes se demandent s'il ne faut pas l'intervention conjointe de ces deux virus qui, dans le cas de cette étrange épidémie, par mutation ou un autre phénomène, auraient acquis un pouvoir pathogène bien supérieur à la normale. «Car le coronavirus induit une grave dépression de l'immunité que l'on a pu réellement mettre en évidence dans la moelle osseuse chez certains patients, facilitant ainsi l'infection par le paramyxovirus», soutient le professeur Bruno Lina, responsable du laboratoire de virologie au CHU de Lyon.
D'habitude, ces virus respiratoires se transmettent par les particules aériennes. Mais là, le ou les virus semblent beaucoup plus résistants et capables de surcroît d'être transmis par voie indirecte : poignées de porte, touches d'ascenseur, poignée de mains... «Quant au délai durant lequel la personne est contagieuse, il est encore assez difficile à borner de façon rigoureuse pour une maladie aussi récente et dont on connaît encore aussi peu de chose, faute de recul», estime le professeur Lina. Il va de deux à sept jours et, exceptionnellement, au-delà de dix jours. L'exemple de l'hôpital de Hanoï où des mesures d'hygiène draconiennes – même si pour certains soignants, il était déjà trop tard – ont fini par maîtriser «la bête», prouve qu'il est possible de bloquer l'épidémie. Mais l'exemple de Hongkong, où un nouveau foyer de contamination a été détecté dans un groupe d'immeubles résidentiels avec 264 personnes infectées, montre que le problème reste explosif.
AFP Général International; Général, mardi 1 avril 2003 Bilan de la pneumonie atypique dans le monde (ENCADRE) HONG KONG (AFP) - Voici le bilan mardi de l'épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), qui a fait 63 morts et plus de 1.900 malades (cas avérés et suspects), selon des chiffres fournis par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et les services nationaux de santé: ASIE CAS MORTS Australie 1 0 Chine 806 34 Hong Kong 685 16 Indonésie 1 0 Malaisie 8 0 Philippines 23 0 Singapour 92 4 Taïwan 13 0 Thaïlande 2 1 Vietnam 58 4 EUROPE Belgique 1 0 Grande-Bretagne 3 0 France 4 0 Allemagne 6 0 Irlande 2 0 Italie 6 0 Roumanie 3 0 Suède 1 0 Suisse 3 0 AMERIQUE DU NORD Canada 129 4 Etats-Unis 62 0 AMERIQUE CENTRALE Panama 1 0 bur/cl/jlb/alc tf Catégorie : Actualités Sujet(s) - AFP Général : Santé; pneumonie; bilan Heure de publication : 12:04 GMT Taille : Court, 77 mots © 2003 AFP. Tous droits réservés. Doc. : 20030401AF0FRS602_091_140446
ericjeanloicbreton |
| 2003-04-01 11:47:18
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