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Publié le mardi 4 mars 2003

Mardi 4 mars 2003

POLLUTION

• LE MONDE | 04.03.03 | 15h49


Une nouvelle étude confirme le lien entre la pollution et la mortalité à Paris

L'observatoire régional de la santé (ORS) d'Ile-de-France a publié, lundi 3 mars, une étude confirmant un lien direct entre la pollution atmosphérique, principalement issue des transports, et la mortalité ou la morbidité des habitants qui la supportent. Révélé par Le Journal du dimanche, le 2 mars, ce travail de recherche a été communiqué au conseil régional, au ministère de l'écologie et aux DDASS. Un résumé est consultable sur Internet (www.ors-idf.org).

Les auteurs, une biologiste et une statisticienne, ont comparé sur la période 1987-2000 les valeurs quotidiennes d'émissions de plusieurs polluants avec les fichiers de mortalité établis par l'Inserm et avec les listes d'admission fournies par l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris. Elles ont concentré leurs efforts sur Paris et la petite couronne, dans le cadre d'un programme baptisé Erpurs – comme Evaluation des risques de la pollution urbaine sur la santé – qui avait déjà fait l'objet de deux publications intermédiaires, en 1994 et 1998.

Pour le dioxyde d'azote (NO2), l'ozone (O3), les particules et le soufre (SO2), les scientifiques ont établi trois références. La première correspond à la moyenne des 18 jours les moins pollués de l'année (appelée P5), la deuxième à la pollution médiane (P50), la troisième aux 18 jours les plus pollués de l'année (P95).

"Par rapport aux jours les moins pollués (P5), les jours de forte pollution par le dioxyde d'azote (P95) sont associés à un excès de mortalité respiratoire pouvant atteindre 9,2 %", conclut l'étude. L'écart est de 6,1 % pour l'ozone, de 9,3 % pour les particules fines et de 8,2 % pour le soufre. Les hospitalisations pour maladies respiratoires connaissent également un accroissement notable, plus ou moins prononcé selon la catégorie d'âge : les "moins de 15 ans" et les "plus de 65 ans" se montrent particulièrement sensibles.

LA RECRUDESCENCE DE L'ASTHME

L'étude confirme également que la pollution ne fait pas seulement de dégâts lors des pics. Les émissions quotidiennes – la pollution de fond – ont une incidence sur la santé. L'augmentation des admissions hospitalières pour asthme chez les moins de 15 ans, entre les périodes de faible pollution (P5) et celles de pollution médiane (P50), est ainsi de 7,9 % pour le dioxyde d'azote et de 5,1 % pour les particules fines.

Ces résultats abondent dans le sens de multiples études, nationales et internationales. En décembre 2002, une enquête de l'Institut de veille sanitaire (InVS), menée dans neuf villes françaises, était arrivée à des conclusions similaires (Le Monde du 4 décembre). "L'existence d'un lien entre pollution et mortalité ou morbidité ne peut plus être remise en cause, estime Agnès Lefranc, chargée d'étude à l'ORS. Seule la quantification peut encore être discutée."

Benoît Hopquin

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 05.03.03

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-04 13:08:36
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Mardi 4 mars 2003

ACCIDENTS MEDICAUX

Un numéro vert pour les accidents médicaux

UN AN après la promulgation de la loi Kouchner, le 4 mars, sur les droits des malades, l'indemnisation des personnes victimes d'accidents médicaux va enfin pouvoir commencer. A partir d'aujourd'hui, un numéro vert national, le 0800.779.887, est mis en place à l'attention de toutes les victimes ou de leurs ayants droit pour faire examiner les dossiers. « Toutes les personnes qui ont subi une infection nosocomiale (NDLR : contractée à l'hôpital) , un accident anesthésique, une erreur médicale ­ quelqu'un ayant été opéré de la jambe gauche alors qu'il souffrait de la jambe droite, ou étant tombé d'une table d'opération dans une clinique ou à l'hôpital, ceci après le 5 septembre 2001 ­ peuvent nous appeler », explique Dominique Martin, directeur de l'Oniam (Office national d'indemnisation des accidents médicaux). « Et lorsque les victimes sont décédées, les épouses, les enfants ou les parents peuvent également réclamer justice. » Jusqu'à la loi Kouchner, pour obtenir des dédommagements, les patients devaient poursuivre les médecins en justice à travers des procédures longues, coûteuses et souvent décevantes. Lorsqu'il n'y avait pas de vraie faute médicale, « l'aléa thérapeutique » était rarement réparé.

« Je préfère traiter avec un organisme indépendant qui ne va pas sous-estimer mon handicap »

Michel, 58 ans, va sans doute être l'un des premiers candidats à l'indemnisation. Lors d'une arthroscopie en janvier 2002, ce préretraité, grand sportif, joueur de tennis classé, a été contaminé par un staphylocoque doré au cours de l'exploration de son genou. Résultat, après de multiples opérations et des mois de rééducation, Michel peut marcher doucement mais ne pourra plus jamais courir, et il a dû abandonner toutes ses activités sportives. « Je venais de prendre ma préretraite et cette infection m'a gâché la vie. Mon chirurgien m'a dit que le risque zéro n'existe pas et m'a proposé de voir avec son assurance, mais, moi, je préfère traiter avec un organisme indépendant qui ne va pas sous-estimer mon handicap. » Comme celui de Michel, les cas de milliers de patients victimes chaque année d'accidents médicaux seront dans un premier temps examinés par les commissions régionales. Les premières vont voir le jour fin mars en Ile-de-France, en Paca, en Rhône-Alpes et dans le Nord-Pas-de-Calais. Elles auront six mois, expertises à l'appui, pour rendre un avis, si les deux parties se mettent d'accord. A ce jour, l'office dispose d'un budget de 140 millions d'euros pour indemniser toutes les victimes. Combien seront-elles ? Au moins des milliers. On estime par exemple que, chaque année, 10 000 personnes décèdent en France des suites d'une infection nosocomiale.

Corinne Thebault


Le Parisien, mardi 04 mars 2003

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ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-04 13:07:54
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Mardi 4 mars 2003

Creutzfeldt-Jakob
Le nombre de cas a diminué en 2002 en Grande-Bretagne

Les nombreuses méconnaissances sur le mode de transmission du prion et sur son génie pathogène rendent impossible d'estimer la prévalence de l'infection dans la population totale.
(DR.)
 
Creutzfeldt-Jakob : l'épidémie serait moins forte que prévu
Le pire est peut-être derrière nous, pour ce qui est de la nouvelle forme de Creutzfeldt-Jakob liée à la maladie de la vache folle, estiment les experts. Mais en l'absence de tests de dépistage, seule la modélisation statistique peut donner des indications. Au lieu des centaines de milliers de cas prédits ces dernières années, les mathématiciens revoient considérablement à la baisse leurs prédictions

Jean-Michel Bader
[04 mars 2003]

L'unité nationale britannique de surveillance de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, dirigée par le Dr Robert Will, vient de rendre officiels, vendredi 28 février, dans une contribution à la revue médicale The Lancet, les derniers chiffres de mortalité du variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Celle-ci a déjà emporté 122 personnes au Royaume-Uni depuis son émergence en 1995. Huit personnes atteintes par cette encéphalopathie spongiforme mortelle sont encore en vie à ce jour. L'an dernier, 17 victimes suspectes d'être atteintes de la maladie incurable sont décédées sur le territoire britannique. Ce chiffre est à comparer aux 20 décès répertoriés en 2001 et aux 28 morts en 2000, au plus fort de l'épidémie. Depuis le début de l'année, on a répertorié outre-Manche une mort potentiellement liée à l'affection.

Du fait de l'absence d'un test diagnostic du vivant des malades, malgré quelques avancées dans ce domaine de la recherche (nos éditions du 21 février 2003), du fait également de l'incertitude sur la durée d'incubation de la maladie, du mode de transmission exact, du mécanisme d'infestation du système nerveux, il est impossible de se baser sur les seuls cas humains pour comprendre quelle sera l'évolution de l'épidémie chez l'homme. Les scientifiques comme Robert Will sont prudents : «Que la mortalité n'augmente plus exponentiellement est certes encourageant, a-t-il précisé à la BBC, mais conclure que l'épidémie est en déclin, c'est prématuré». Son confrère le Pr John Ironside a également indiqué qu'il était possible «que le nombre de variants de Creutzfeldt-Jakob puisse augmenter à nouveau. Nous avons des données venues d'autres études qui pointent des différences de susceptibilité génétique. Ceci ne nous permet absolument pas de dire avec quelque certitude que le problème soit derrière nous». Les experts de l'unité de surveillance estiment par exemple que de nouveaux cas sont à craindre par transmission secondaire, par contamination d'instruments de chirurgie ou par don de sang.

Les Proceedings of the Royal Society ont également publié le travail d'épidémiologistes de l'Imperial College de Londres, qui révisent eux aussi à la baisse les prédictions antérieures. Avec des précautions oratoires, et bien «qu'il ne soit pas possible de prédire avec certitude quelle sera la magnitude de l'épidémie, le nombre de cas, dans un intervalle de confiance de 95% s'étalant dans une fourchette de 10 à 7000 cas, précise Azra Ghani, auteur de cette publication, «les projections à court terme rendent improbable une augmentation dramatique dans les 2 à 5 années à venir.» Dans un intervalle de confiance de 95%, il faudrait tabler sur 10 à 80 cas sur deux ans, et sur 10 à 200 cas sur cinq ans.

Par ailleurs, les résultats confirment que la susceptibilité et la durée d'exposition à l'infection par l'agent de la vache folle, sont significativement liées à l'âge. C'est la tranche des 10 à 20 ans qui court le plus grand risque. On est donc loin des prédictions catastrophiques antérieures : en 1998, celles-ci annonçaient approximativement 500 000 morts globales. Mais là aussi les chercheurs se veulent prudents : le nombre relativement faible de cas humains répertoriés, l'ignorance sur la période d'incubation, sur le mode de transmission et sur le génie pathogène du prion rendent impossible d'estimer la prévalence de l'infection dans la population totale.

Et en réalité de nombreux scénarios épidémiques restent possibles. En liant l'exposition à des matériaux biologiques infectés par l'agent de la vache folle aux cas cliniques de nouveaux variants, il est, selon Azra Ghani, possible de prédire que l'incubation de la nouvelle maladie humaine est alentour de 7 ans. Elle monte à 10 ans, si l'on inclut les trois cas actuels qui ont été infectés avant 1986 et qui viennent du village de la mort, Quenniborough (Leicestershire). Conclusion de tous les auteurs : il faut un test diagnostic capable de détecter l'infection pendant la période d'incubation, pour l'appliquer ensuite en dépistage à la population générale.




ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-04 13:06:58
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Mardi 4 mars 2003

GENES


• LE MONDE | 04.03.03 | 13h24


Une base de données permettra de comparer les gènes pour mieux les comprendre
Les programmes Teraprot et Décrypthon pourraient ouvrir de nouvelles pistes à la recherche en médecine.

Comparer chaque gène humain à ceux d'une bactérie comme Escherichia coli ou bien à ceux d'une souris, voilà qui est presque fait. But de l'opération : dégager des ressemblances qui aideront à déterminer le rôle d'un gène dans notre organisme et, finalement, aboutir à la compréhension de l'évolution des espèces, voire à des traitements de maladies d'origine génétique (myopathies, mais aussi cancers ou affections cardio-vasculaires). Mathématiciens, biologistes et informaticiens travaillent de concert à déchiffrer les séquences de protéines afin d'y traquer les gènes et de constituer une immense base de données grâce aux programmes Teraprot et Décrypthon.

La clef de la fonction biologique de chaque gène se trouve dans le code qu'il impose aux séquences d'acides aminés, appelées protéomes. Reste à découvrir ce code. Le puissant moteur de recherche qui vient d'être mis au point vise à permettre aux chercheurs qui s'y emploient de vérifier leurs hypothèses. Concrètement, un tableau, bientôt accessible sur Internet, comprendra 500 000 lignes sur autant de colonnes pour classer les informations obtenues à partir des comparaisons entre protéomes. Il faudra ensuite relancer les comparaisons en introduisant de plus en plus d'organismes différents, ce qui implique une explosion du nombre des calculs. "Tous les sept mois, le nombre de données brutes en biologie est multiplié par deux", explique Pierre Tambourin, directeur du Génopole d'Evry. D'où l'importance de réunir d'énormes capacités de traitement informatique.

Teraprot et Décrypthon ont testé deux stratégies complémentaires, qui utilisent des machines, des algorithmes et des protéomes différents. Le recoupement des résultats permet de valider des conclusions. Teraprot a choisi d'utiliser un supercalculateur tel que Tera, la machine la plus puissante d'Europe. Ce mastodonte, fabriqué par Compaq en 2001 pour le ministère de la défense (Le Monde du 26 février), est composé de 2 560 processeurs reliés en série et peut effectuer jusqu'à 5 000 milliards d'opérations par seconde.

Mais, bien que le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) ait accepté de le prêter quelques jours, Tera n'a pas vocation à être disponible à temps plein pour la recherche. Décrypthon, au contraire, a divisé le travail en faisant appel à la solidarité des internautes, grâce à la méthode du "calcul partagé". Chaque volontaire télécharge un programme qui permet à son ordinateur personnel, lorsqu'il se met en veille, de calculer un petit bout du projet. Inconvénients : la difficulté de la mise en réseau et les risques de propagation de virus.

"DANS LA COUR DES GRANDS"

Les deux projets reposent sur la collaboration entre acteurs publics et privés. Dans le cas de Décrypthon, ce sont IBM, la société Genomining (spécialiste en bio-informatique) et l'association française contre les myopathies (AFM) qui se sont partagé les tâches. Pour Teraprot, le CEA a demandé l'aide de la société informatique Gene-IT, qui a élaboré le logiciel de comparaison des protéomes. A l'autre bout de la chaîne, le CNRS et le Centre national de ressources en informatique pour la génomique (Infobiogen) sont en train de réaliser la mise en forme des résultats bruts afin de pouvoir les mettre à la disposition du public, ce qui devrait être effectué dans quelques semaines.

Une telle collaboration pourrait se développer entre pays. Les 27 et 28 février, des experts se sont réunis au Génopole d'Evry pour partager leurs découvertes et leur savoir-faire. Mais la course au décryptage du génome cache également des enjeux politiques.

En matière de possibilités de calcul génomique, la France a pris du retard sur ses voisins européens (l'Allemagne, la Grande-Bretagne), sans parler des Etats-Unis, dont les crédits sont environ 30 fois supérieurs. "Avec le projet Teraprot, nous avons une chance de revenir dans la cour des grands, plaide Daniel Verwaerde, directeur du CEA. Mais cela passe par des choix politiques."

L'objectif primordial demeure malgré tout d'"ouvrir de nouvelles pistes à la médecine", rappelle Eric Moliné, président de l'AFM. Et la victoire est loin d'être acquise, puisqu'il reste à agrandir et à exploiter la base de données. Parmi les prochaines étapes, le projet CluSTR doit classifier les protéines par familles, et un nouveau supercalculateur sera fabriqué et dédié à la recherche scientifique et industrielle.

"La déconstruction du vivant par éléments simples conduit juste à l'information, résume Bernard Pau, directeur du département sciences de la vie au CNRS. Mais, pour parvenir à la connaissance, la construction d'une théorie complexe du vivant reste à faire."

Ada Mercier

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 05.03.03

ericjeanloicbreton | Ajouter un commentaire | 2003-03-04 13:03:06
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